bien sûr, il fallit bien qu'un jour j'ai à faire un article au sujet de 99F (c'est de bonne guerre étant donné que je saoule mes contemporains avec)
Résumé :
Octave Parango , publicitaire dans une grande agence de publicité parisienne (La Rosserys & Witchcraft), gagne bien sa vie (13000 euros par mois), possède un appartement à St Germain des Prés, passe ses vacances à St Barth et prend de la coke à 100 euros le gramme, il est également apprécié par ses collègues.
Dès le début du roman Octave Parango est donc décrit comme un homme que n'importe quel français moyen rêverait d'incarner.
Mais Octave ne s'aime pas , tout comme il n'aime plus son travail et la pub.
Avis :
Que dire d'un livre comme 99 francs ? La chose n'est pas si évidente...
Rappelons tout d'abord que, lors de sa sortie, le livre a été comme un véritable pavé dans la mare lisse et calme de la littérature française.
Peu (voir très peu) de livres dénoncent de manière si féroce un milieu tel que la pub et le lecteur lambda trouvera encore moins de livre trantant de drogues, ou encore du monde de la nuit (j'insiste en France).
Succès librairie lors de son année de sortie [sorti en 2000, le livre connait en 2001 une "réédition en euros"... ], 99F, malgré une écriture qui peut être jugée comme violente pour les esprits les plus frustrés est généralement un livre qui ne laisse pas intact son lecteur après que celui-ci l'ai lu. En effet, les avis sur ce livre son plutôt tranchés, c'est à dire qu'avec Beigbeder soit ça passe, soit ça casse.
Le lecteur constate assez rapidement un choix de narration particulier : Frédéric Beigbeder choisit de mener sa narration en six temps jouant ainsi avec les six pronoms personnels sujets que lui offre la langue française, permettant alors une distanciation encore plus prononcée à chaque partie (distanciation accentuée puisque l'auteur se dégage déjà de son nom en empruntant un pseudonyme).
Passé le côté "brulôt", le lecteur découvre le quotidien d'un homme. Il s'agit bien sûr de Frédéric Beigbeder caché sous le pseudo d'Octave Parango, habitué au paraître, qui semble tout puissant et intouchable mais qui se révèle n'être qu'une "pauvre merde" (dixit himself) un homme comme tout les autres et qui ne veut plus paraître mais tout simplement exister.
Ce livre démonte alors petit à petit le mythe de la réussite (sociale et financière) et montre, à mon sens, que l'argent n'est alors pas forcément le meilleur moyen d'être heureux pour un homme.
Octave gagne énormément d'argent mais il n'est tout de même pas à l'abri de "petits malheurs" comme par exemple la perte de l'Être aimé.
Malgré tout, Beigbeder peut être perçu (toujours par les esprits faibles) comme quelqu'un qui crache dans la soupe, ou encore comme quelqu'un qui se vante. Le regard que nous offre ce livre sur Beigbeder est tout autre, il est évident que la personne qui après la lecture du livre continue d'affirmer ça n'a absolument pas compris qu'il ne se prenait en rien au sérieux (les apparitions qu'il fait dans le film en témoignent).
La pub est évidemment égratignée au passage. Octave montre aux lecteurs que tout n'est qu'une dupe là où il se trouve.
Un vieux fond écolo est à constater également comme la mise en évidence des effets de l'abus de consommation sur notre société (disparition de certaines espèces végétales, d'un savoir-faire, au lieu de privilégier le dialogue direct préférence de l'internet ou du téléphone [...]).
Il est clair que Beigbeder ne cherche pas à changer le monde mais à prévenir le lecteur de manière originale et drôle, à le réveiller de son doux sommeil pour lui montrer les conneries irréversibles que les humains sont en train de faire.
Je méprise les notes
ElOiii
côté film :
Octave adore sa vie autant qu'il déteste ce qu'il est (devenu). En révolte contre le système qu'il façonne jour après jour, il s'apparente à un ado en crise qui aurait été nommé "Roi de la lobotomie". Un monstre d'artificialité, dont on doute de la sincérité. Mais ce film n'est pas entièrement le sien. C'est celui de Frederic Beigbeder, auteur du bouquin éponyme qui fait ici trois brèves (mais hilarantes) apparitions. L'affiche, superbe, emboite le pas à quelques autres qui ont eu la bonne idée de manipuler le spectateur (de la facon la plus saine et logique qui soit) avant meme qu'il décide d'acheter son billet. En vrac, on pense à Matrix, dont le slogan était "The Matrix has you" --> "La matrice vous tient" ou "Vous etes dans la Matrice", c'est selon ; ou encore, pour citer un autre médium, Metal Gear Solid 2 -Sons of Liberty, l'un des jeux vidéos les plus passionnants jamais créés, qui est a tous les niveaux un monument en matière de manipulation ! Celle de 99F a l'audace de paraphraser son propre concept, qui pourrait se résumer par "Attention, danger : mensonge(s)". Résultat : l'étiquette présente sur la couv' du bouquin est bien présente, mais accompagné d'un texte volontairement aguicheur qui annonce la couleur. Et elle n'a justement rien a voir avec le blanc immaculé présent sur ladite affiche : génial !
Dès le départ, Kounen s'approprie le bouquin de Beigbeder et sa structure en 6 actes, en y apposant un style bien personnel. Celui d'un metteur en scène qui en a marre d'etre brimé par une bande d'analphabètes de l'image qui sapent son boulot sans se poser de questions. Qu'il nous balance en pleine face l'un des films les plus fous et inventifs du cinoche francais (Dobermann) ou qu'il offre un voyage sensoriel unique en trahissant une bd culte (Blueberry, film hermétique, trop long, mais si beau), public et critique n'y trouvent pas souvent leur compte. Un peu comme Beigbeder en somme, qui voue une haine et un dégout profond à l'univers de la pub. Si Kounen a toujours fait une petite apparition dans ses oeuvres antécédantes, le fait qu'il interprète ici Pyjaman est loin de tenir lieu de simple clin d'oeil : il fait echo à toute la charge du film, ahurissante de complaisance et de méchanceté. Octave est la parfaite incarnation des 3 principaux responsables de cette comédie cradingue : Beigbeder évidemment, mais aussi Jean Duajrdin et Jan Kounen. On peut dire que ces deux-là se sont trouvés, et ils se renvoient la balle avec un plaisir tellement evident qu'il en deviendrait presque coupable. Presque.
Inutile de s'attarder sur l'adaptation du livre à proprement parler, car on se situe bien au-delà : nous sommes ici dans la réappropriation, l'emphase totale entre efficacité de film grand public (le film regorge d'idées visuelles qui clouent le bec a tous les détracteurs de Kounen) et angoisses insondables d'auteur. Le script ne reformule pas les 260 pages du livre, il les relaie avec une aisance presque insultante (il n'est jamais agréable de se faire traiter de consommateur débile). Le visuel, lui, oscille entre travellings vertigineux, panoramiques à tomber du siège et effets spéciaux remarquables. 99F réussit le tour de force de donner vie a un monde entièrement voué à l'artifice et à la beauté. Car au-delà des scènes déjà cultes, des prestations démentielles de tous les acteurs, du coté "rentre dans le lard" du métrage, 99F est une revanche : celle d'un acteur cantonné à faire rire, d'un réalisateur condamné à diviser, et celle d'un auteur qui a été trop payé pour mentir. Bref, 99Fest un pur plaisir dont le final, expurgé de l'avalanche de couleurs et de sons proposée jusque là, réjouira tous ceux qui comprendront qu'il ne s'agit pas, là non plus, d'un banal clin d'oeil à Blueberry : si vous vous ennuyez durant ce quart d'heure, c'est que vous êtes toujours aussi conditionné par les images que quand vous êtes entrés dans la salle ! On peut trouver la démarche cynique, mais des pamphlets qui mordent de facon aussi féroce la main qui les nourrit, il y en a combien par an ?
Note : 16/20
Guillaume